lundi 22 décembre 2008

Witch Hats / Cellulite Soul























Poursuivons cette course folle contre la montre consistant à chroniquer quelques disques parus en 2008 et délaissés jusqu’ici, l’heure est bientôt au bilan, va falloir mettre les bouchées doubles au risque de passer pour une grosse nouille indolente -non je plaisante : un bon disque reste un bon disque, chroniquer en retard c’est aussi le plaisir de réécouter après coup un disque que l’on a aimé alors qu’il faisait encore beau et chaud. Surtout (et c’est ça le plus important) attendre tout simplement avant d’écouter un disque parce que l’on sent que ce n’est pas le bon moment est une règle essentielle de savoir-vivre hédoniste, c’est si bon parfois de faire attendre ce qui ne saurait l’être. Fin de la rubrique philosophie de comptoir, maintenant parlons un peu rock’n’roll.
Dans le cas de Witch Hats on ne saurait mieux dire. Ce groupe vient de Melbourne, Australie et perpétue l’une des deux grandes traditions locales (l’autre c’est celle de la lignée AC/DC, Angel City et Rose Tattoo -de la musique pour bikers échoués au pub quoi), une tradition qui pourtant avait d’abord du s’exporter avant de réussir à planter ses mauvaises graines : impossible de ne pas penser à Nick Cave/Rowland S. Howard, aux Triffids aussi (mais en moins chiants). On évitera de citer directement Birthday Party même si on peut y penser un peu, juste qu’il manque cette folie suicidaire qui rendait le propos délirant et l’attitude dangereuse. Witch Hats fait penser à tout cela et -précision technique qui finira de convaincre tout le monde- c’est Phill Calvert, l’ex batteur de Birthday Party viré du groupe par un Nick Cave qui le trouvait trop accro à la gnole, haha, qui a enregistré le EP Wound Of A Little Horse et surtout l’album Cellulite Soul.
Avoir découvert Witch Hats avec Cellulite Soul est certainement une chance. L’écoute à posteriori de Wound Of A Little Horse s’est forcément révélée décevante, un bon petit disque de rock avec son lot de poncifs à la Gun Club et de lassitudes à la con (le chant pénible sur la longueur par exemple). Avec Cellulite Soul les australiens ont résolu plusieurs problèmes. Premièrement ils ont pallié à l’absence aberrante pour ce genre de groupe d’une bassiste/chanteuse avec le chant étrange et androgyne du morceau introductif, magnifique Before I Weigh qui se permet mine de rien d’alimenter la chaudière à fantasme avec ce bois qui nous chauffe tous -mais que va-t-il se passer après ? Après c’est quelques bourrades dépouillées, bien rythmées et emmenées par une basse de plomb (I Can’t Stay At Home immédiatement suivi de Climing Up Yr Cable et son chouette refrain), un ou deux ralentissements nonchalants (Western ou le religieux Ma Lord), ralentissements qui préparent le terrain aux vrais tubes de ce disque à savoir Summer Of Pain et Neil Diamond Entry et son gimmick irrésistible à la basse. Reste un dernier titre, Doors Film, du genre fédérateur mais pas racoleur, qui incite à hurler tout en appuyant sur l’accélérateur. Le deuxième problème résolu par Witch Hats c’est donc que le groupe a réussi à varier son vocabulaire, à creuser ses mélodies, à étoffer son propos. Au placard les tentations trop ouvertement criardes de coquelets prépubères, au chiotte les outrages trop faciles. Un vrai premier album qui garde la spontanéité des débuts tout en rajoutant du relief : Cellulite Soul est aussi un vrai bon disque qui permet intelligemment ne pas trop réfléchir.